lundi 26 mars 2012

Le sacre du vêtement

Nouvelle envie - le foulard porté en triangle*

Certains billets continuent de m'interpeller bien après leur publication. Ce fut le cas avec celui de Charlotte (et avant le sien, celui de MP , que j'avais loupé). Fait précieux dans la blogosphère, ces deux charmantes  répondent aux comms. Ce qui crée une conversation et permet de se questionner, de comprendre son rapport aux vêtements. C'est juste de la mode ou plutôt de la sape. Oui, mais j'aime comprendre. Et si s'habiller est plus instinctif qu'intellectuel, il n'en reste pas moins que je persiste à croire que notre manière de porter voire pour certains la façon d'édifier un vêtement/une marque, n'est pas anodine.

J'ai parfois effleuré le fait que nous vêtir est mû par nos origines géographiques, culturelles et éducatives. Nous n'entretenons pas le même rapport au vêtement si l'on est né dans une région rurale ou citadine, dans une famille ouvrière ou bourgeoise. J'ai toujours adoré que ma grand-maman et ma maman me racontent comment c'était "avant". Je ne sais pas si l'habillement a toujours été capital pour moi ou si c'est par ce que l'on me racontait que ça l'est devenu. Il faut s'imaginer qu'il y a 80 ou 50 ans, dans les villages, se vêtir n'était pas insignifiant. Même si se nourrir, travailler la campagne prenait tout leur temps. Par l'habillement, on montrait sa dignité. Propreté, boutons cousus, chaussures cirées étaient une base élémentaire mais capitale. J'ai, par ces histoires, retenu, le respect. Sans matérialisme, simplement le respect des choses et de soi. Les marques luxueuses étaient réservées à une élite. Sans envie, ni jalousie. c'était un fait. Et les it, doux Jésus, n'existaient pas encore. Petite anecdote. J'ai, durant quelques années, manucuré ma Mémé. Il fallait voir son regard pétillant et entendre son intonation déférente lorsqu'elle disait "Oh ! du vernis Christian Dior..." (notez qu'elle disait Christian Dior). A son contact, ce flacon banal pour moi, se transformait en exceptionnel.

J'ai connu les "habits du dimanche", ceux achetés des semaines avant Pâques ou de sa première communion ou tout autre événement important. Je me souviens encore de cet ensemble jaune canari, pantalon et pull animalier (1983 - ma confirmation) ou de mes larmes face à une jupe bleue marine, refusée car elle ne me serait d'aucune utilité. Durant des jours, je les essayais dans ma chambre, je me pavanais sous le regard attendris des parents ou tout autre invité que j'alpaguais sitôt installé dans le canapé.... Attendre... C'était pénible mais quelle saveur, le jour J. Puis sont apparues les marques... Ma première paire d'Adidas ? Un événement.  

Je garde toujours en mémoire ces moments de l'enfance. Il y a eu le rejet durant l'adolescence, la surconsommation, les tâtonnements etc... Ces fondements sont restés solides , ont rejailli lorsque je suis devenue maman. Du coup... 




- je n'ai aucune empathie pour le "faux". Car les maisons qui les créent véhiculent des valeurs patrimoniales, du savoir-faire, une histoire, de la qualité et de la transmission. Je ne comprends simplement pas pour quelles autres raisons on les arbore.
- je prends soin (sans excès ni maniaquerie) de chaque vêtement. Sans distinction de prix ou de marques.
- de par mon éducation, on cache plutôt qu'on brandit (tout le paradoxe de tenir un blog) d'où le peu d'impact d'un "it". Si je m'en offre un, c'est pour ses qualités ou par vrai coup de foudre. 
- même si, tempêtée par le consummable, je cède à des envies, je réfléchis à l'utilité souvent, je me fais plaisir aussi. Je porte tout ce que j'achète. Je suis malade si un vêtement reste inusité.
- je me fiche du regard des autres, du moins j'ai cette illusion de le croire. Je m'habille pour moi d'abord, j'achète en fonction de mes goûts/désirs/envies/besoins sans que ce que représente un vêtement/un marque représente socialement.
- parce que je tiens à eux, je peux être fâchée si un vêtement ou un accessoire m'ont demandé des efforts de recherches (pauvreté de l'offre dans mon environnement) ou financiers et que des personnes que je fréquente régulièrement se les achètent après coup. Par exemple, le choix de cette paire de lunettes n'est pas pour la marque. Mais parce qu'il est plus difficile de la trouver ici et ainsi moins de désagréable surprise de la voir sur une personne de mon entourage.

Pour ces raisons (entre autres) l'éphémère, l'étalage de nouveautés en perpétuel mouvement ou le besoin de reconnaissance n'ont jamais été et ne seront jamais ma façon d'envisager un vêtement (accessoire, meuble etc..). 
Ce serait me renier. Ou pire, désavouer mes origines.

Voilà, un peu, en gros, pourquoi les vêtements ne sont en rien, superficiels et futiles. S'habiller est ludique et agréable mais innocent,certainement pas.

*Par contre, la manière de porter est lourdement influencée par ce que je vois. Ici, j'en nouais un en triangle. Isabelle, de vive voix, me faisait remarquer "toi aussi, tu avais repéré cette façon de porter le foulard à la  Céline ?"  Céline et  elle (4ème photo)...

Foulard Hermès Vintage - T-shirt Isabel Marant

16 commentaires:

chabadavintage a dit…

Bravo pour cet article..très intéressant..:)

Brownie a dit…

Je suis totalement d'accord avec toi. Je fais partie aussi d'un milieu où on pense que la mode est superficielle. Moi je pense que chacun se construit à sa manière, et la mode permet de s'appuyer sur quelque chose pour être soi-même. Au final, c'est ça qui est important!

jicky a dit…

la mode, moi, elle m'aide souvent bcp côté moral... Une belle paire de pompes/échasses le matin, et tout de suite ça va mieux (même avec tish jeans). Bon, ceci étant, le foulard porté comme ça, moi je suis sûre que ça ne m'ira pas... Je suis plus petit-carré-porté-bandana (le cas aujourd'hui, avec un pull marinière)

Anonyme a dit…

Ouhlala, beaucoup beaucoup beaucoup de choses dans ce billet...
Je suis d'accord avec toi sur plein de points. Notamment que notre éducation et le lieu où l'on a grandi influencent notre façon de voir les vêtements et de nous habiller. Quand en plus tu manques (un peu) de confiance en toi, bon...
Comme toi j'ai un grand respect pour les vêtements. D'où me vient il je ne sais pas, certainement pas de ma petite maman qui ne porte jamais un vêtement sans l'avoir retouché (col, ourlet, poignets, elle transforme même des pantalons en jupes, ou achète 2 manteaux courts pour en faire un long !). En tout cas oui, un vêtement c'est sacré. Le soin que tu lui apportes, il te le rend dans son apparence.
Plein de ressenti en lisant ce billet, et toujours toutes ces interrogations concernant mon apparence, le fait que je ne sache pas coller à la mode. Est ce un bien ? Est -ce un handicap ? Je prends, je pioche quelques trucs. Et finalement je ne me sens bien qu'avec des bons vieux basiques. Je n'ai pas l'âme modeuse d'une Balibulle ou d'une Punky. Je les admire pour leurs idées, mais ce n'est pas moi.
Et pour avoir été, évidemment, moi aussi influencée par la façon de porter certaines pièces, j'ai toujours fini par me rendre compte que ce n'était pas moi. Et quand ce n'est pas moi, je me sens mal, et ça se voit, donc on oublie...

Signé : Caliméro !


Je n'ai pas rebondi sur ton avant dernier billet pour cause d'Iphone récalcitrant, mais ce que tu disais sur ta (jolie) robe blanche m'a bien parlé. Ta robe je la classerais dans la catégorie des vêtements doudous. Tu sais, ceux qu'on adore, qui sont NOUS et que l'on met sans se poser la question de savoir s'il nous vont, parcequ'on les AIME.

Gaëlle H.

Anonyme a dit…

Petite anecdote: lorsque j'étais étudiante, j'ai fait hôtesse à bord des ferries GB/Irlande /Espagne. Tout le monde en uniforme...et un jour, la DRH m'a fait remarqué que les filles réussissaient toujours à porter leur carré de soie de façon particulière, "à soi", se démarquant un petit peu du cadre..par la suite, au premier coup d'oeil, je pouvais juger si j'avais affaire à une conformiste..ou pas!
Alors vive le carré porté façon bandana!

Ôde a dit…

Quand j'étais ado, j'allais dans un collège catholique où les élèves étaient tous habillés avec des marques (Chipie, Chevignon, et même Naf Naf à cette époque-là...). Ma mère était plutôt contre tout ça, je me suis donc traînée l'étiquette de la pauvre fille mal fringuée de la 6ème à la 2nde... Après, je suis passée dans l'enseignement public où tout cela avait moins d'importance ; puis les études supérieures en Belgique, alors là, plus aucun pb de cet ordre !!! Les belges sont super cool et pas du tout "regardant" par rapport à tout ça !!
N'en est pas moins restée une vraie blessure, un vrai complexe de mes années collège "vilain petit canard"...
Quand j'ai commencé à bien gagné ma vie, ça a été la surconsommation, les marques, comme si j'avais un retard à rattraper, des choses à prouver...
Et maintenant, j'ai arrêté de travailler, j'ai déménagé dans un petit village entre mer et campagne et je me suis trouvée : un peu de beau qui dure, bcp de basiques et bcp moins la peur du regard et du jugement des autres... Et je me sens enfin moi !!! Je n'ai plus rien à prouver, je suis bien dans ma vie et dans mes baskets et quel bonheur !!!
Pfffhhh... Désolée Sarah pour ce long discours... Mais ça fait tellement de bien de pouvoir l'exprimer !! Et puis c'est vrai, notre façon de nous habiller sera toujours, à un moment donné, conditionné par notre enfance et notre éducation !!
Encore un billet que j'ai pris plaisir à lire tant il me parle !!! Alors merci Sarah et continue de babiller comme ça !!

Dididoumdida a dit…

Superbe billet! Je garde moi aussi une foule de souvenirs d'enfance liés aux vêtements... La robe blanche qui tourne tourne tourne que j'ai absolument voulu porter alors que les températures étaient encore fraîches et qui m'a valu une bonne crève, ma petite barboteuse en vichy rose, avec la charlotte assortie, ma veste en velour piqué (berk) de ma confirmation, le fait que ma mère s'obstinait à me faire porter des pantalons alors que je rêvais de jupes et de robes fleuries... Je me rattrappe maintenant!!!

Arnaud a dit…

je t'ai envoyé le questionnaire!
les foulards est le cadeaux que je faisais à mon l'une de mes ex qui était chanteuse pour protèger sa belle voix!!

Poppins a dit…

Oulà, tout un programme,

Je crois que j'ai toujours été attitré par la mode.

Petite et même ado, ma mère m'a toujours habillée de manière différente des autres et de manière originale, et avec goût et avec des marques (les marques quand j'étais plus grande, hein genre étudiante).
Au début, j'ai eu du mal, j'aurai voulu être habillée et coiffée comme les autres ( pas avec des macarons tressés sur les côtés!), j'aurai aimé me fondre dans la masse!
Mais aujourd'hui, je la remercie: elle m'a aidé à trouver mon style, à m'affirmer, car porter des v^tements differents des autres ados, ça m'a forgé et le caractère (faut faire face aux remarques, aux jaloux) et ça m'a aidé à trouver mon style: je suis quand même très classique, mais du coup avec des détails importants, flashy ou rockn'roll, une belle étole, un gros collier, un belle broche: dans tous les cas, faut que ça se voit.
Je ne suis pas attirée par les petits détails,
Donc merci maman, et merci à toi, car en rédigeant je viens de prendre conscience que je lui dois aussi beaucoup de ce côté là...

isabelle a dit…

Beaucoup, beaucoup de choses à penser après ce billet + la lecture de ceux de Balibulle et d'Isabelle que du coup je ne découvre qu'aujourd'hui. J'arrive tard mais la lecture des commentaires est fantastique. Tellement, que je ne trouve pas grand chose à rajouter. Si une chose. je suis épatée de voir à quel point le sujet peut être argumenté et profond. Et combien la mode vestimentaire est un fait de société.

Anonyme a dit…

Ce triangle me fait toujours penser aux cow boys ! Hier j'ai reçu en cadeau un merveilleux Furoshiki, foulard japonais en crêpe de soie, et je le porte aujourd'hui en triangle. Je le remonte quand les odeurs et la pollution de la ville sont trop fortes. Sinon ton article me fait réfléchir à toutes ces étapes que j'ai traversées, les incroyables erreurs de jugement que j'ai faites, le fait d'avoir possédé des trésors sans avoir conscience et de les avoir donnés. Sans doute le fait de fréquenter des gens qui se fichent des marques. Lire vos blogs change parfois mon point de vue. Sunny Side

Anonyme a dit…

Waow, ton post est troublant (digne d'un sujet de thèse) et confirme combien notre rapport à la mode s'approche d'une analyse psychanalytique tant il est chargé d'éléments transgénérationnels, culturels et émotionnels.
Sacre du vêtement, vêtement sacré, sacré vêtement !
Bisous printaniers, Lili

Scarfmoodist a dit…

Je vous lis depuis plusieurs années (2-3 ? je ne me souviens plus) mais c'est la première fois que je laisse un commentaire. Tout d'abord félicitations pour votre blog. En tant que franco-suisse, je suis d'autant plus ravie.

Très bel article et très vrai ! Notre rapport aux vêtements est lié à notre enfance... J'aime les choses qui durent et qui expriment une qualité, un savoir-faire... d'où Hermès pour les accessoires (qui sont le contraire de l'accessoire pour moi). La marque Hermès est d'ailleurs bien ancrée dans mon histoire familiale puisque mon arrière grand-mère portait déjà des carrés, dont ma mère a hérité. Hermès est lié à mes racines suisses et mes vacances dans notre maison de famille (même si ma grand-mère que j'adorais n'attachait, elle, aucune importance aux vêtements). Si cela vous dit de jeter un oeil, voici le nom de mon blog : Scarfmoodist Collection, vous y verrez notamment un des carrés vintage dont je parle.

Sarah a dit…

chabadavintage : merci

Brownie : je pense que toute cette futilité est importante. Si elle n'est pas le centre d'une vie ;)

Jicky : Oui, tu as raison. Une belle paire de pompes, un truc qui tombe bien et le matin est différent.

Gaëlle : Se reconnaître... ça vaut toutes les tenues du monde, non ? ;))

Anonyme . Se démarquer en uniforme, un bel exercice .

Ode : en fait tu te connais bien, c'est génial. ètre soi, c'est booon ;))

Dididoumdida : une barboteuse vichy ? tu étais très jeune ? C'est cool de pouvoir choisir... Je ne sais pas pourquoi, elles (les mamans) n'aimaient pas les robes et jupes... Pas pratiques peut-être...

Arnaud : merci, j'ai bien re4u. J'ai une pile de retard, une pile de boulto, bientôt du retard ;( dès que j'ai un moment mais pas avant deux semaines, je pense. Je n'arrive même plus à bloguer ;(((

Poppins : Je me souviens des macarons tressés... j'adorais ! Quelle jolie histoire... comme toi, les petits détails ont de l'importance. Sans le savoir elle t'a influencée, ta maman. Ravie de t'y avoir fait repenser ;))

Isabelle : Oh ! oui, un fait de société. Même si on en est pas conscient... des choses à en dire. Le sujet est vaste et ne se limite pas à un "it". C'est ça qui est bon ;) et les comms sont super intéressants, tu as raison.

Sunny Side : Ca me touche que tu le dises. Merci... Et un Furoshiki, je pensais que ce n'était que pour emballer ?

Lili : J'avais tourné le titre dans tous les sens, comem ta conclusion ;)

Scarfmoodist : Toutes ces années, silencieusement ? je suis touchée que vous continuiez... QUel joli blog, quelles belels manières de porter les carrés et quelle collection. Suis ravie que vous soyez sortie de votre réserve... ;)

Anonyme a dit…

Sarah j'aime être emballer par un Furoshiki ! Sunny

Anonyme a dit…

Oh "emballée" ...