C'est l'histoire d'une fille un peu naïve ou trop confiante qui ne cadenasse jamais sa valise. Valise qu'elle dépose à l'entrée du wagon, esseulée ou presque. Mais que pourrait-il bien arriver dans un TGV ? La question ne l'effleure pas, ne lui a jamais traversé l'esprit. La fille, impatiente d'avaler ses 15 kilos de magazines achetés dans un kiosque de la gare de Lyon, s'installe à sa place réservée. Sans aucunes pensées pour son bagage. Les quelques heures de voyage sont toujours, pour elle, une douce transition entre ce qu'elle a vécu et sa vie de famille. Une bulle entre les deux univers.
Pour son travail, cette fille avait rencontré au printemps M. Frédéric Morch (papier paru dans le encore!). Il est responsable des commandes spéciales chez Louis Vuitton et également spécialiste en art d'emballer ses affaires. Ils avaient passé, ensemble, quelques heures délicieuses dans un grand hôtel genevois. Elle garde en mémoire les précieux conseils de l'Art of Packing de la maison Vuitton. Depuis, elle empaquète ses affaires en s'imaginant jouer au Tetris comme lui avait expliqué l'expert layetier. Il avait aussi recommandé de "procéder par strates planes pour atteindre l'équilibre du bagage. " Ou encore que "ce qui ne bouge pas n'est pas froissé". Elle s'était appliquée à composer sa valise la veille du départ mais a déposé sa trousse de toilette sur le dessus des affaires (alors que le « lourd dessous » est une évidence).
Oui, parce qu’une trousse de toilette, à fortiori pour une Fashion Week ça pèse !!
Après un accueil chaleureux de ses trois hommes, un excellent repas, au moment de se démaquiller, elle découvre l’absence de sa trousse gonflée jusqu’à l’explosion de ses produits adorés (oui, adorés). Elle n’imagine pas une seconde que sa valise a été visitée. Le lendemain elle appelle l’hôtel, sms à sa rédactrice en chef qui a repris la même chambre. Rien. Mais elle espère encore jusqu’à ce que, l’après-midi, elle cherche ses lunettes de soleil (qu'elle se rappelait avec précision avoir déposées sur le dessus de la valise juste avant de prendre le taxi qui la menait à la gare). Envolées elles aussi. Et le soir, pour tamiser l’ambiance, elle se souvient de cette bougie reçue et une Diptyque, (presque) seul achat parisien. Elles aussi absentes...
Chipés aussi sa palette Chanel, l'eyeliner facile de Clarins le dernier Coco, le blush Orgasm de Nars qu’elle chérissait, embellisseur et anticernes, fond de teint chouchou, kit pour sourcils (!!), tous les soins du visage et des cheveux… Et ses pinceaux qu’elle avait pieusement, lentement acquis en quelques années. Etc etc… Se faire voler ses affaires de toilette, ce n’est pas comme une robe qui aurait été dérobée. C’est intime, c’est un peu secret, c’est ce naturel revendiqué qui ne l’est pas (plus) tant que ça !!