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samedi 11 avril 2009

Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé


Ce n'est pas une nouveauté que je vous présente, mais le Goncourt 2004. La presse en a largement fait écho par des critiques dithyrambiques, j'arrive avec quelque temps de retard. Mais peut-être que certains n'ont pas encore eu le bonheur de le découvrir et, selon moi, il en vaut largement la peine.

Ce petit roman de 200 pages se dévore d'une traite. Il est écrit simplement avec l'ardeur nécessaire pour qu'on s'imprègne de l'atmosphère suffocante des paysages arides de Montepuccio dans les Pouilles. Il réussit à transcrire avec ardeur, la chaleur étouffante du lieu, les jugements, l'emprise familiale, les racines, les caractéristiques typiques de ces petits villages cathos.

Le roman retrace la vie d'une famille sur 4 générations (de 1875 aux années 80). Le premier des ancêtres engendre un fils en violant une vieille fille qu'il prenait pour son amour de jeunesse. Un peu tiré par les cheveux. Dans le contexte de la narration, et le viol et cette méprise sont englobés et on peut y croire. Nous verrons la réussite, la fripouillerie de ce fils, le respect engendré par l'argent, un prêtre humain, un amour tu durant une vie, les mensonges, les moments de partage, la transmission familiale, les liens qui subsistent malgré nous une vie durant.

En adepte des sagas familiales j'ai été frustrée du manque de détails, des années trop vite survolées. Finalement j'ai compris qu'il a gardé l'essentiel. Toutes les fioritures autour de nos vies sont polies et ramenées à ce qui restede plus important. Il ne se perd pas en babillages inutiles. Il évoque les petits riens et les liens qui perdurent avec ou sans notre consentement.

Un bouquin rédigé comme j'apprécie : la simplicité des mots, la puissance de l'histoire, la force du texte, l'intelligence et l'humilité de l'auteur.


J'avais déjà évoqué Laurent Gaudé et sa dernière parution (La porte des enfers) lors de mon expérience en tant que membre d'un Jury de lectrices (magazine suisse Edelweiss), ici. C'est avec empressement que je filerai à la librairie lors de sa prochaine publication romanesque. Je me sens prête à le suivre pour un moment encore...

vendredi 31 octobre 2008

Vous en reprendrez bien un peu ?

Mon humeur modesque est au diapason avec le temps morne de ce presque novembre. Je n'aime pas cette période grise, ces jours qui raccourcissent, le froid mais sans les avantages de la neige. La brume me happe, s'insinue partout. Après ce bel automne et ses couleurs pleines de feux, la transition n'est pas aisée, l'entre-deux y'a pas à dire, ce n'est pas mon point fort !

Je devrais justement en profiter pour colorer la vie avec des Majeries, des Zara's ou autres petites perles, mais non, cette année ou du moins ces jours-ci je ne suis pas Marante pour un sou. Point donc de grosses écharpes moutonneuses à souhait, de Minnetonka, de motardes, d'ongles chocolat. Non, aujourd'hui une autre sélection de choses qui réchauffent l'esprit et permettent une hibernation méritée.


Je vous dépeins le tableau: la leçon de Marie appliquée à la lettre, un bon gros pilou, une couette qui sent l'adoucissant, un thé fumant et vous voilà prêtes à ingurgiter quelques pages savoureuses et distrayantes...

Cette sélection n'est pas la mienne, mais celle de la 2ème édition du Jury des Lectrices Edelweiss-Payot 2008. 17 livres à lire, à commenter, à juger et à noter. Je ne ferais pas ici de vraies critiques, ce n'est pas le but de ce blog (ah ! y en avait un ??). Je vous donne ceux que j'ai préféré ainsi que le lauréat.


La gagnante 2008 est Claudie Gallay et ses "Déferlantes".


L'hypocrisie n'étant pas mon fort, je ne vous cache pas que je n'ai pas du tout choisi ce livre. Un peu niais, un peu "Arlequin", le gros point faible est que l'on devine l'intrigue dès les premières pages... Par contre, j'ai eu la chance de rencontrer et de papoter un peu avec l'auteur. Femme sensible, torturée, attachante, vraie. Elle m'a donné l'envie de découvrir le lieu central de son roman La Hague.

Mon grand favori, Laurent Gaudé - "La porte des enfers"


Une imagination sans conteste, une écriture fine, racée un texte riche qui reste gravé. Pas de clichés, pas de pathos alors que ça aurait été facile de tomber dans ce piège. J'ai été marquée tant par le talent de cet écrivain que par l'histoire et les mots choisis, élaborés mais sans chichis. Excellent.

Un grand coup de coeur "Le jour où Nina Simone a cessé de chanter".


Bouleversant, violent, cru. Sans être un féministe militante, la liberté en général, celle des femmes en particulier me touche. On sent ce texte vivant, vibrant. Il prend aux tripes et parle de l'accoutumance à 'horreur, la difficulté voire l'impossibilité de vivre dans un pays en paix quand on a connu que l'indicible. Ce fût un spectacle avant un livre, il raconte l'histoire vraie de cette femme aux moeurs inadaptées à son pays, extravertie et extrême. J'ai beaucoup aimé.


Dans les autres moments très bons que vous pourriez passer avec les livres, j'ai apprécié aussi :


Appelez-moi par mon prénom - Nina Bouraoui.
Roman Nègre - Dan Franck
Inassouvies nos vies - Fatou Diome
Un lieu incertain - Fred Vargas

Ainsi que ceux-là avec lesquels on passe aussi un moment sympa.

Nous vieillirons ensemble - Camille de Peretti
La valse lente des tortues - Katherine Pancol
Le temps d'une chute - Claire Wolniewicz


Les autres, bof....


Ces jours-ci, je termine Lacrimosa de Régis Jauffret et ai commandé un autre Cormac McCarthy.


On en reparlera si vous le voulez.

Je ne veux pas vous ennuyer avec mes critiques. surtout que les rapports aux livres sont charnels quand on les aime, si, j'vous jure... devenez Jury de lectrices... et vous comprendrez à quel point on peut se battre pour un livre... Conseiller un livre sans connaître les goûts de son lectorat (ah ! ...) = aller droit au casse-pipe !

Vous me pardonnerez ce long billet mais chose promise...

A très bientôt avec un moral plus chaleureux, des idées plus fantasques, des looks à frémir. J'ai pondu un autre billet mais je ne sais pas si je vais le diffuser tant il est à contre-courant.

Allez, bises mes Loulous...

dimanche 19 octobre 2008

Jurée, c'est le pied !


Je dévore, je dévore des livres par dizaines. Presque toujours, la nuit dans mon lit. Ma lampe de chevet tamisée par un tissu pour laisser dormir mon mari. Avec les années (l'âge, quoi), j'essaie de ne pas veiller trop tard pour être plus ou moins sympa au réveil.

Quand je suis plongée dans un roman, impossible d'en sortir. Je vois les scènes, je vis l'histoire intensément. Je décortique aussi et j'aime le talent de l'auteur, parfois plus que le récit lui-même. Un exemple ?? "Sur la route" de Cormac Mc Carthy. Ce livre-là m'a pénétrée jusqu'au tréfonds de mon âme. Sans dialogue, deux personnages, un décor d'apocalypse et en sortir un joyau de littérature. Du talent, à l'état pur. Ou dernièrement, au petit-déjeuner, je rêvassais et je cherchais quel était ce film dont les images revenaient sans cesse dans mon esprit. C'était un livre, "Birmane" de Christophe Ono-dit-Biot. Je l'avais lu il y a plus d'un mois et tellement mis en images les mots que je croyais avoir vu un film...

Tout ça pour vous dire que j'ai posé ma candidature pour devenir membre du jury littéraire des lectrices Edelweiss-Payot 2008. Et j'ai été sélectionnée. Me voilà donc gâtée de 17 bouquins à lire et critiquer de juin à septembre. Une papivore ne pouvait que se délecter... Une expérience que j'ai beaucoup aimée. Mais dans le lot, n'oublions pas les navets, les niaiseries, les prétentieux... Bref, à boire et à manger comme on dit chez moi. La chance également de rencontrer 9 autres femmes passionnées de lecture. Mon entourage, mes amis lisent, mais mon débit étant si élevé je ne peux pas beaucoup échanger. Une occasion rêvée.

Avant la première réunion, je me réjouissais à l'idée de faire connaissance avec les autres, d'entendre leurs commentaires, de boire un verre, et je l'avoue me rendre au centre névralgique d'Edelweiss, un magazine que j'aime. Résultat, nous étions probablement intimidées, sitôt nos délibérations faites je me suis retrouvée dans les rues genevoises, seule. Heureusement je dormais chez mon amie d'enfance et la soirée fut très belle. Par contre lors de la deuxième, je rencontrais dans l'ascenseur, Marilou, originaire de la même région que moi et Alex qui nous dit avoir été frustrée et déçue de notre premier rencontre. Et toutes nous avions eu le même sentiment. Résultat nous avons papoté, bu un verre et décidé de nous retrouver après la soirée de mardi prochain.

Le but était de nommer UN seul écrivain parmi les 17. Deux livres sortaient largement du lot. L'excellentissime "La porte des Enfers" de Laurent Gaudé et "Les déferlantes" de Claudie Gallay. Le débat a été amical mais rude. Chacune campant sur ses positions. Je n'aurais jamais imaginé que ce serait aussi difficile, aussi charnel. Corps et âme je me suis battue. Ça peut paraître fou, mais c'était viscéral. Débattre, écouter, argumenter, j'adore. Dans le feu d'une passion qui nous anime (et Dieu sait que la littérature engendre bien des sentiments), nous étions prêtes à tout pour honorer le romancier que nous avions élu.
Le point final sera posé mardi par une soirée à La Société de lecture de Genève, rencontre avec l'auteur, petits fours, et discussions avec les charmantes jurées... Il y aura probablement une interview de l'auteur et un compte-rendu de la soirée dans le prochain numéro d'Edelweiss. A ne point manquer !!

Je me réjouis beaucoup et serai accompagnée de ma grande copine que j'aime, Viou la folklo, pour une journée parfaite : shopping (zara m'appelle), bouquins le tout arrosé par quelques bons verres de vin..
Que demander de plus ?